Une enfance entre austérité et jovialité
François René de Chateaubriand est né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 de René-Auguste de Chateaubriand et Apolline de Bédée. Il est le dernier d’une ancienne famille aristocratique comportant 10 enfants.
C’est d’abord son oncle et sa grand-mère, habitants Plancoët qui s’occupent de lui et il est confié à une nourrice. Il vécut cette séparation de sa mère comme son « premier exil ». Néanmoins il resta très attaché à une famille maternelle nombreuse et joyeuse. Au château de son oncle
«on faisait de la musique, on dansait, on chassait, on était en liesse du matin au soir ».(in
Mémoires d’Outre-Tombe). Il est fortement marqué par les paysages de la région de son enfance.
À partir de 1777, François René de Chateaubriand vit dans le château paternel de Combourg. C’est un château féodal, froid et austère à l’image de son père. Après avoir fait ses études classiques au collège de Dol (1777-1781) puis à Rennes (1782) et Dinan (1783), il hésite entre l’engagement ecclésiastique vers lequel son caractère contemplatif tend et la carrière de marin, tradition familiale. Finalement
« Je n'avais point voulu me faire marin, je ne voulais plus être prêtre. Restait la carrière militaire..." .(in
Mémoires d’Outre-Tombe).
De 16 à 17 ans, il traverse, au château de Combourg, en compagnie de sa sœur Lucile, une période d’ennui et d’instabilité psychique. En août 1786, son père, qui allait mourir le 6 septembre suivant, lui remet un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre commandé par son frère, Jean-Baptiste. Il part pour Cambrai où son bataillon tenait garnison.
Son introduction à la Cour et dans les milieux parisiens éclairés
Grâce à son frère, il est présenté à Versailles le 17 février 1787 et participe à une chasse avec
Louis XVI, mais n’éprouve que de l’antipathie pour la Cour. Arrivé à Paris en 1788, Chateaubriand fréquente les milieux littéraires et politiques, grâce à Jean Baptiste et à sa sœur Julie, qui tient salon. Il fait la connaissance de
Chamfort, Laharpe, Parny, Laclos, Mirabeau, Malesherbes …
François René de Chateaubriand est d’abord séduit par le débat d’idées réformatrices. Admirateur de Jean-Jacques Rousseau, il exprime sa critique de l'immoralité de l'aristocratie et de la corruption générale des mœurs. En janvier, il participe aux Etats de Bretagne à Rennes. Finalement, il est horrifié par la débauche de violence à laquelle il assiste lors de la prise de la Bastille.
Il publie son premier texte,
L'Amour de la Campagne dans l'
Almanach des Muses, sous le pseudonyme Chevalier de C***, en 1790.
Voyage en Amérique
Encouragé par Malesherbes, Chateaubriand embarque, en avril 1791, à Saint-Malo, afin de découvrir l'hypothétique « passage du Nord-Ouest » entre l'Atlantique et le Pacifique, et de s’inspirer de la découverte de la nature pour sa création littéraire. Il débarque le 11 juillet à Baltimore, et parcourt la côte Est jusqu’à Boston. Il visite notamment Philadelphie et New York, puis avance jusque dans le territoire des indiens Natchez. En apprenant l'arrestation du roi à Varennes, il décide de rentrer en France afin de défendre l’aristocratie. Il rapporte une grande quantité de notes dont il s’inspirera pour écrire
Atala, Natchez, Voyage en Amérique ... ainsi qu’une observation perspicace de la jeune démocratie américaine.
Marié et engagé dans la contre-révolution
A Saint Malo, en janvier 1792 , Chateaubriand ne peut refuser de se marier, sur ordre de sa mère. L’élue est
Céleste Buisson de la Vigne, une jeune orpheline amie de Lucile, qui passait pour être une riche héritière. Il a heureusement le plaisir de découvrir la vive intelligence de sa femme.
A partir du mois de mai, François René de Chateaubriand séjourne à Paris en compagnie de Céleste, Julie et Lucile. En juillet, prenant conscience de la puissance de la Révolution, il se rend à Bruxelles, en même temps que son frère, puis à Trèves, où il est incorporé dans une compagnie bretonne de l'armée des Princes. Il est blessé au siège de Thionville et se trouve à l’article de la mort. Il se rend, en grande difficulté, à Jersey, ou il retrouve son oncle.
Exil en Angleterre
Il passe en Angleterre et arrive à Londres en mai 1793, où il vit misérablement. Le premier hiver est épouvantable, habitant dans un grenier, il n’a rien à manger.
Au printemps 1794, il trouve un emploi de professeur de français dans deux écoles de la petite ville de Beccles, dans le Suffolk. Il se laisse aimer d’une de ses élèves,
Charlotte Ives, fille du pasteur de Bungay et doit rentrer rapidement à Londres.
Depuis son arrivée en exil, Chateaubriand travaille à sa première œuvre littéraire, l’
Essai sur les révolutions, qui paraîtra le18 mars 1797.
« Qu'ai-je prétendu prouver dans l'Essai ? Qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et qu'on retrouve dans les révolutions anciennes et modernes les personnages et les principaux traits de la Révolution Française. »
Alors que sa situation matérielle s’est un peu améliorée, il apprend le décès de sa mère, le 31 mai 1798 puis de sa sœur Julie, le 26 juillet 1799. Il se retourne alors vers la foi qu’il connut dans son enfance. Il entreprend la rédaction d'œuvres vouées à restaurer les aspirations chrétiennes, notamment
Des beautés poétiques et morales de la religion chrétienne, prête à publication au printemps 1800.
Retour en France
François René de Chateaubriand rentre à Paris en mai 1800, Bonaparte ayant pris le pouvoir. Son ami, le poète
Fontanes, l’introduit dans la nouvelle société et le présente à
Elisa Bacciochi, sœur de Bonaparte, et à
Lucien Bonaparte. Il est proche de
Madame de Staël, Madame de Récamier, ainsi que de
Joubert.
A partir de 1801 il vit avec
Pauline de Beaumont, fille de monsieur de Montmorin, ancien ministre de Louis XVI, rescapée de la Révolution.
En avril il publie le premier extrait de son travail d’exil:
Atala, (ou les Amours de deux sauvages dans le désert). Cette œuvre lui offre enfin une grande renommée.
Le 14 avril 1802 (vendredi saint) paraît le
Génie du Christianisme (ou les beautés de la religion chrétienne), accompagné de
Atala et de
René.
En 1803, François René de Chateaubriand est nommé secrétaire de légation à Rome, auprès du cardinal Fesch, oncle de Bonaparte. Pauline, qui était déjà malade lors de leur rencontre, décède de la phtisie, à Rome, le 4 Novembre.
Nommé ministre de France au Valais, il apprend l’exécution du Duc d’Enghein avant son départ pour la suisse. Profondément révolté, il démissionne immédiatement. Il se situera dés lors dans une opposition silencieuse.
Il s’éloigne du pouvoir de Napoléon
En avril 1804 François René de Chateaubriand emménage à Paris avec Céleste et se remet à l’écriture. Il a une liaison avec
Delphine de Custine. En juillet 1805, il tombe follement amoureux de
Natalie de Noailles. Pour la séduire, il embarque en juillet 1806, à Trieste, pour une aventure mystique de 11 mois en Grèce au Proche Orient (en Terre-Sainte) et en Espagne. Il est fait chevalier de l'ordre du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, le 4 Octobre.
Le 7 juillet 1807, il publie un pamphlet contre le tyran Napoléon. Invité à s‘éloigner du pouvoir, il emménage dans « la Vallée aux loups », à Chatenay-Malabry avec Natalie de Noailles. Il y reconstitue un peu de la nature sauvage qu’il connaît et aime depuis son enfance et y vit très heureux.
Il travaille aux futures
Mémoires d'Outre Tombe et publie le 27 mars 1809, les
Martyrs (ou le triomphe de la religion Chrétienne), récit de son voyage de 1806.
Le 20 février 1811, François René de Chateaubriand est élu à l’Académie Française. Le 26, il publie l'
Itinéraire de Paris à Jérusalem. Il écrit
Les Aventures du dernier Abencérage, qui sera publié en 1826, ainsi que la tragédie
Moïse.
Prise de fonctions politiques
En avril 1814 il publie
De Buonaparte, des Bourbons, et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes. Cette œuvre réaffirme la nécessité de la monarchie et sonne l’heure de sa carrière politique. Suite à la Restauration de Louis XVIII, il est nommé ministre de France en Suède, ministre d'Etat et Pair de France. Néanmoins, Chateaubriand n’a pas abandonné les idées progressistes de sa jeunesse et se retrouve finalement écarté par les partisans de l’Ancien Régime.
En 1816 Chateaubriand écrit
De La Monarchie selon la charte, afin de défendre la liberté de la presse. En opposition frontale avec le ministre Decazes, son livre est saisi et Chateaubriand est rayé de la liste des Ministres d'Etat. Privé de sa pension, il est contraint de vendre ses livres et de mettre en loterie sa maison de campagne. Monsieur le vicomte de Montmorency achète sa « Vallée aux loups » en 1818.
En 1817, il se lie à
Madame Récamier, une amie de longue date.
En 1818, il fonde
Le Conservateur, un périodique. Il devient le chef de l'opposition de Sa Majesté à la tribune de la Chambre des pairs. L'assassinat du duc de Berry, neveu de Louis XVIII, et le renvoi de Decazes le rapprochent du pouvoir. Il est nommé ambassadeur à Berlin en 1821, ambassadeur à Londres en 1822, et enfin obtient la fonction prestigieuse de ministre des Affaires Etrangères en 1822. Reconnu pour avoir beaucoup œuvré pour rendre à la France son rang, il est néanmoins congédié en 1824 par le comte de Villèle, président du Conseil, avec lequel il ne s’entend pas.
En 1823 Madame Récamier le quitte, suite à son aventure avec Cordélia de Castellane.
En 1826 sont publiés
Les Natchez et
Le Dernier Abencérage.
François René de Chateaubriand connaît un retour en grâce sous Charles X, est nommé Ambassadeur au Saint Siège en 1828-1829. Lors de la monarchie de Juillet, il se retrouve une fois de plus perdu entre Monarchie et République et il met fin à sa carrière politique.
Chateaubriand se retourne vers le passé
Il se consacre à l’écriture de ses mémoires et d’analyses historiques. Il publie
Etudes Historiques en 1831,
Essai sur la Littérature anglaise en 1836, le
Congrès de Vérone en 1838.
Le 16 novembre 1841, Chateaubriand achève son œuvre commencé exactement 30 ans auparavant, les
Mémoires d'Outre-tombe. Elles seront publiées en volumes de janvier 1849 à octobre 1850.
La vie de Rancé est publiée en 1844.
Céleste, son épouse, décède en 1847. François-René Vicomte de Chateaubriand, meurt le 4 juillet 1848, à quatre-vingt ans. Il est inhumé sur le rocher du Grand Bé à Saint-Malo, dans la nature sauvage qui la vu naître et qu’il aima profondément.
Autres sources