Eduqué entre austérité et liberté
François Marie Arouet naît officiellement le 21 novembre 1694 à Paris. Il est le dernier enfant de François Arouet, riche notaire au Châtelet, puis payeur des épices de la Chambre des Comptes, janséniste, et de Marie Marguerite d'Aumart, d'une famille noble du Poitou. Voltaire affirmera lui-même à la fois être un bâtard, fils d'un « gentilhomme poète et militaire », M. de Rochebrune et être né le 20 février 1694 à Chatenay, près de Sceaux, mais baptisé le 22 novembre 1694 car on ne lui donnait que peu de chance de rester en vie.
Il vit dans un milieu bourgeois riche et austère. Sa mère décède en 1701. Son parrain, l’abbé de Châteauneuf, lui fait lire Racine et La Fontaine, ainsi que des œuvres circulant sous le manteau. Il le présente à la courtisane Ninon de Lenclos, alors âgée de plus de quatre-vingt ans, qui lui lègue une belle somme pour acheter des livres.
De 1704 à 1711 il étudie au collège jésuite de Clermont (aujourd’hui nommé « Louis Le Grand »). C’est un élève brillant. Il étudie entre autre le latin, la rhétorique, la philosophie, s'initie au théâtre et à la poésie. Il se lie avec de nombreux aristocrates dont les frères d'Argenson, futurs ministres de Louis XV et le comte d'Argental.
En 1710, les bons pères font imprimer son Ode à sainte Geneviève. Il souhaite être homme de lettres, mais est obligé de faire son droit.
Voltaire, influencé par le père de Couvrigny, jésuite, fait scandale par ses moeurs libertines. En 1713, afin de l’assagir, il est envoyé à la Haye comme secrétaire privé du marquis de Châteauneuf, ambassadeur du roi en Hollande. En fait de s’assagir, il tombe amoureux de Pimpette, une jolie huguenote, dont la mère fait scandale. Il nourri le projet de l’enlever. L’ambassadeur le renvoie en France. A la demande de son père, une lettre de cachet est délivrée à son encontre puis il est menacé de déportation aux « Isles ». Il compose l’Ode sur les malheurs du temps
Un poète libertin et satirique
Il est heureusement pardonné en 1714. C’est alors que l’abbé de Châteauneuf, reprend son initiation aux milieux mondains et libertins parisiens. Il anime les salons et dîners galants, notamment chez la duchesse du Maine à la cour de Sceaux, en faisant part de ses contes en vers et autres divertissements.
Voltaire s’enhardie et publie un poème satirique dirigé contre La Motte et un autre contre le Régent, qui se fâche et l’exile à Sully-sur-Loire en mai 1716. Voltaire récidive en 1717. Cette fois il est embastillé pendant onze mois. Il prend alors le pseudonyme de Voltaire qui est une anagramme de son nom (on confond à l’époque les caractères « v » et « u » ainsi que « i » et « j »). Il semble qu’il n’est pas l’auteur de l’intégralité des satires et il est libéré le 10 avril 1718. Il bénéficie de la protection du duc d’Orléans qui lui donne 1200 livres de pension
Le 18 novembre 1718 il connaît un grand succès en présentant Œdipe, sa première tragédie. Artémise présentée en 1720 n’obtient pas le même succès.
En 1722 il hérite de la fortune de son père et Le Régent lui accorde une pension. Il voyage à Cambrai, à Bruxelles ou il se brouille avec Jean-Jacques Rousseau et à la Haye. Il publie en 1723 une épopée consacrée à la grandeur et à la conversion de Henri IV nommée La Henriade. Cette œuvre est très appréciée. En novembre il est gravement atteint de la petite vérole. En 1724 est présentée sa pièce Marianne. En 1725 il est chargé des représentations théâtrales pour les fêtes du mariage de louis XV à Fontainebleau.
Exile en Angleterre
En janvier 1726, chez le Duc de Sully, Voltaire s’affiche, brille et se moque du chevalier de Rohan-Chabot, qui le fait bâtonner. Voltaire tente de le provoque en duel. Il est alors embastillé. Début mai, il s’exile pour l’Angleterre ou la monarchie constitutionnelle garantit tolérance religieuse et liberté de pensée, permettant l’avènement des Lumières. Il rencontre Pope, Swift et découvre la philosophie de Locke et les travaux de Newton.
Il entreprend d’écrire les lettres anglaises qui seront plus tard les lettres philosophiques, ainsi que l’Histoire de Charles XII.
En 1727, il publie l'Essay on Civil Wars et de l'Essay on Epick Poetry. En Mars 1728 il dédie La Henriade, à la reine d'Angleterre. Il est de retour en France en octobre.
De retour en France il développe un savoir encyclopédique
En mars 1730 son actrice fétiche, Adrienne Lecouvreur, meurt. En tant que Comédienne ayant refusé de se rétracter, son corps est jeté à la voirie. Voltaire fait par de son émoi dans l'Ode sur la mort de Mlle Lecouvreur. Le 11 décembre la représentation de Brutus, pièce inspirée de Shakespeare est un succès.
Début 1731, Voltaire est à Rouen. Il y fait imprimer l’ Histoire de Charles XII. Le gouvernement ordonne sa saisie.
En 1732, la publication de L'Epître à Uranie est mal reçue par les autorités. Il attribue cet ouvrage à son ancien ami libertin, l'abbé de Chaulieu, mort depuis plusieurs années.
En août est joué Zaïre, une tragédie écrite en trois semaines qui obtient un immense succès. Voltaire est alors admis comme le digne successeur de Corneille et Racine. Il publie sans autorisation Le Temple du Goût en 1733, œuvre dans laquelle il s’autorise à critiquer les grands auteurs du siècle passé. Cette œuvre sera à l’origine de nombreuses inimitées des gens de lettres.
Cette même année paraissent les Lettres Philosophiques, une satire des mœurs et des institutions françaises inspirée de son expérience anglaise. Il va jusqu’à dénoncer les travers de la monarchie française. C’est un immense scandale et son œuvre est condamnée à être brûlée. Voltaire doit fuir Paris. Il se réfugie dans le château d'Emilie du Châtelet, à Cirey en Champagne.
Sa protectrice est une belle et savante femme avec laquelle il construit une amitié profonde et durable. Elle accepte l’installation d’un théâtre au grenier de son château, ainsi que d’un laboratoire. Voltaire peut alors étendre ses connaissances par la pratique d’expériences de physique, chimie, astronomie et l’étude de la philosophie scientifique. Avec son amie, ils concourent pour un prix de l’Académie des sciences.
C’est ainsi que paraît en 1735 le Traité de métaphysique, puis un Essai sur la nature du feu, une Épître sur Newton, ainsi que les Éléments de la philosophie de Newton en 1737.
Voltaire continue l’écriture de pièces de théâtre et de poèmes. La tragédie Mort de Jules César est présentée en 1735. Alzire ou les Américains est présentée en janvier 1736 et l’Enfant prodigue en octobre de la même année. Il publie Le Mondain, poème à la fois épicurien et ironique (1736). A partir du mois d’août il entame une correspondance avec Fréderic II, prince royal de Prusse. Début 1737, la réception du mondain l’oblige à se réfugier quelques mois aux Pays Bas. A partir de mai 1739, Voltaire, en compagnie de Madame du Châtelet, voyage en permanence entre entre la Belgique, Cirey et Paris.
En 1740 il publie Zulime. Il fait un premier séjour à la cour de Fréderic II, nouveau Roi de Prusse. En 1741 il publie Une Vie de Molière et un essai sur le pouvoir Mahomet ou le fanatisme. La pièce Mérope est présentée en 1743.
Séjour à la cour de France
En 1744, son ancien camarade, Le comte d'Argenson, devenu ministre des Affaires Etrangères, le rappel à la cour. La favorite, Mme de Pompadour le soutient elle aussi. Il devient historiographe du roi Louis XV puis gentilhomme ordinaire de la chambre. Il écrit des opéras pour les fêtes royales. Le poème sur la Bataille de Fontenoy paraît en 1744.
Le 2 mai 1746, Voltaire est élu à l’unanimité à l'Académie française. En 1747 il fait publier en Hollande son conte philosophique nommé Zadig. Il y traite de la destinée humaine, du bonheur, du destin, du bien et du mal… En 1748, sa pièce Sémiramis est mal reçue.
Ami du Roi de Pologne et du Roi de Prusse
Voltaire étant de moins en moins apprécié du Roi ainsi que de Madame de Pompadour il fréquente à Sceaux la cour de la duchesse du Maine. En compagnie d’Emilie, il fréquente pendant un an la cour du roi de Pologne, Stanislas, à Lunéville. Malheureusement, Madame du Châtelet meurt en couche en 1749.
En1750 il présente Oreste. Voltaire se voir retirer sa fonction d’historiographe. Il se tourne alors vers un autre Monarque, son ami Frédéric II, qui lui propose une rente de 20 000 livres. Il part pour Berlin en juin 1750. En 1751 il publie Le Siècle de Louis XIV. Le conte philosophique Micromégas, qui traite de la relativité des connaissances est publié en 1752.
Voltaire reste quatre ans au château de Sans-Souci Malheureusement, ses relations avec le roi philosophe se dégradent finalement. Son opposition aux écrits scientifiques de Maupertuis, président de l'Académie de Berlin, exprimée dans la Diatribe du Docteur Akakia provoque la séparation. Il quitte Berlin en mars 1753. Le 31 mai 1753, à Francfort, ville pourtant libre, il est arrêté et molesté par les gardes prussiens. Il reste prisonnier jusqu'au 7 juillet.
Exilé dans la région de Genève
Il séjourne à Strasbourg puis à Colmar, ou il vit avec sa nièce, Mme Denis, qui est sa maîtresse depuis 1744. Son Abrégé de l'Histoire Universelle (1753), entre autre, provoque le refus du Roi de le voir de retour à Paris.
Début 1755, il s'installe donc avec Mme Denis, dans les environs de Genève. Il achète une propriété qu'il appelle Les Délices. Il y fait construire un théâtre et convie les citoyens de Genève à jouer la Comédie. Les calvinistes n’apprécient pas la présence de ce libre penseur contestataire.
Le 20 août 1755 est joué à Paris l'Orphelin de la Chine. C’est la première pièce dans laquelle les actrices jouent sans paniers.
Le 1er novembre 1755 le tremblement de Terre à Lisbonne, qui aurait fait, dit-on alors, 100 000 victimes, bouleverse Voltaire. Il publie le Poème sur le désastre de Lisbonne. Dès lors il se demande comment concilier les catastrophes, la fatalité avec la Providence divine et ce sujet sera central dans son œuvre Candide. Il est alors en désaccord avec Rousseau sur la question de la Providence.
En 1756 il publie l’Essai sur l’Histoire générale et sur les mœurs, qui vous influencer durablement les études historiques. En 1757 il collabore au septième tome de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. L’article sur Genève, dont on soupçonne Voltaire d’être l’auteur, n’est pas apprécié par les autorités, en raison des critiques sévères contre la République et la religion calviniste qu’il contient. Les pasteurs publient une déclaration à son encontre en février 1758.
A la frontière de tout
En 1759 Voltaire s’installe donc à nouveau en France, à Ferney, loin de Paris, qu’il n’a pas le droit de rejoindre, est en proie aux agitations et engagée dans la Guerre de Sept Ans. Il espère que cette position stratégique à la frontière franco-suisse lui permettra une certaine liberté d’opinion.
Il fait de cette petite ville, une capitale de l’Europe des Lumières. Devenu Seigneur local, il fait aménager la région, bâtir, planter, semer, développer l’élevage et l’artisanat.
Depuis Ferney, il est en correspondance avec les souverains européens : l’impératrice Catherine II de Russie, Frédéric II, les rois de Pologne, du Danemark et de Suède. A distance de Paris, il entretient de bonnes relations avec de nombreux hommes d’influence : d’Argental, Choiseul, Turgot, Condorcet, Richelieu, d’Alembert …
En 1759 Voltaire publie enfin Candide, décrivant le parcours initiatique d’un jeune homme crédule. Il y fait le procès de l’intolérance, du fanatisme, de la mauvaise foi et de la superstition et prend le parti du pragmatisme, présenté comme une forme de lucidité et de sagesse.
Le 3 septembre 1760 à Paris, la représentation de la tragédie Tancrède est un grand succès.
Défenseur des « Droits de l’homme »
Le 28 décembre 1760 Voltaire prend la défense d'un jeune homme bastonné chez une veuve légère par le curé de Moens, près de Ferney.
Il recueille la petite-nièce de Corneille, qui vit dans la misère et à laquelle le roi vient de refuser une rente. Il entreprend une édition commentée des OEuvres de Corneille pour servir de dot à la jeune fille
En 1761 paraissent les Lettres sur la Nouvelle Héloïse. Il fait rénover l’Eglise de Ferney et fait graver sur le porche « Deo erexit Voltaire ». Il est alors accusé de sacrilège. Il obtient l’explulsion des Jésuites dOrnex.
Fin 1761 Voltaire tente en vain de défendre le pasteur Rochette, finalement pendu à Toulouse.
En 1762 Voltaire prend la défense du défunt Calas. C’est un huguenot condamné au supplice de la roue sans preuve pour avoir tué son fils, qu’il soupçonnait de vouloir se convertir au catholicisme. Il prend la défense de Sirven, hugenot de Castres, accusé pour raison religieuse de l’assasinat de sa fille. Ces affaires l’amènent à publier en 1763 le Traité sur la Tolérance.
En 1764 Voltaire publie le Dictionnaire philosophique portatif dans lequel il expose sa doctrine politique, puis les Commentaires sur Corneille, ainsi que Le Sentiment des citoyens énième attaque contre Rousseau. En 1765 il publie La Philosophie de l'Histoire et De l'horrible danger de la lecture, au titre prémonitoire (lire ci-après).
En 1765 Il obtient la réhabilitation de Calas. Il est dés-lors sollicité de toute part pour prendre la défense d’innocents. Il enquête puis prend partie. En 1766, il fait délivrer un protestant condamné aux galères pour avoir entendu un prêche clandestin. Ces positions lui valent de nombreux admirateurs.
Mais les magistrats n’apprécient pas et le Chevalier de La Barre va le payer de sa vie. Poursuivi sans preuve solide pour avoir profané la statue du Christ s'élevant sur le Pont neuf d'Abbeville, son destin est scellé lorsque l’on découvre à son domicile trois œuvres interdites dont le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Il est condamné à subir la torture ordinaire et extraordinaire pour dénoncer ses complices, à avoir le poing et la langue coupés et à être décapité et brûlé avec l’exemplaire du Dictionnaire philosophique (1er juillet 1766).
Il continu néanmoins à prendre partie et décide en 1770 d'affranchir les serfs de Saint-Claude dans le Jura. La campagne qu'il mène depuis toujours contre l'église catholique a depuis 1762 un slogan : « Écrasons l'infâme. » L'expulsion des jésuites de France, la même année, lui a donné des raisons supplémentaires de lutter. A partir de 1773, il prend la défense Gérard de Lally-Tollendal, officier français d'origine irlandaise, rendu responsable de la défaite française à Pondichéry .
Voltaire publie le Philosophe ignorant en mai 1766. La Défense de mon oncle et L'Ingénu paraissent en 1767.
Voltaire revient vers la religion et fait ses Pâques (dans son Eglise) régulièrement.
De 1770 à 1772, son savoir iconoclaste s’exprime dans ses neuf volumes de Questions sur l'Encyclopédie.
En 1772 il publie l’Epître à Horace. En 1774 est joué Sophonisbe à Paris. En 1775 paraissent les Lettres de M. de Voltaire à l'Académie française. Malgré des accès de strangurie, il continue à produire et son influence grandit. Ferney est un pèlerinage obligatoire pour tous les admirateurs des Lumières. Il est constamment surveillé par le régime français.
En 1776, il publie la Bible enfin expliquée dans lequel il rassemble toute son information critique en matière biblique, récoltée pendant quarante ans de recherches attentives.
Retour in-extremis à Paris
Voltaire est malade. Il ne veut pas mourir en exile. Prétextant la représentation de Irène à la Comédie française, il rentre à Paris en février 1778 et reçoit un accueil triomphal. Il loge chez Monsieur de Villette. Très malade, il accepte l’absolution le 2 mars, pour ne pas subir le destin de la défunte Mademoiselle Lecouvreur. Il peut finalement assister à une séances de l’Académie. A l’approche de sa mort, il tente de se rétracter de manière non formelle en écrivant « Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition. » Il meurt le 30 mai 1778 et est enterré le 2 juin à Scellières, dans le diocèse de Troyes
En 1791, sur décret de l'Assemblée Constituante la dépouille du philosophe fut déclarée bien national. On exhuma son corps et ses cendres furent déposées dans la crypte de Sainte-Geneviève. Au passage du cortège funèbre, les femmes et les enfants jetaient des fleurs ; et l'on pouvait lire, sur le catafalque, cette inscription édifiante : « Il combattit les athées et les fanatiques. Il inspira la tolérance. Il réclama les droits de l'homme contre la servitude de la féodalité. »
Autres sources